« Ils ne voulaient pas qu’on travaille ce jour-là »
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Après des tirs de carabine et l’incendie de trois dumpers sur une mine
Ballande, la semaine dernière à Canala, la municipalité a mobilisé les autorités coutumières pour appeler les tribus à la « tempérance ». Une enquête est toujours en
cours.
« Apparemment, ils n’étaient pas venus parce qu’ils nous en
voulaient particulièrement, mais parce qu’ils ne voulaient pas qu’on travaille ce jour-là. » C’est le sentiment d’Yvannick Fere, l’entrepreneur dont quatre employés ont
été pris pour cible, le 24 septembre, alors qu’ils travaillaient au niveau de l’atelier de la SMN (Société des mines de Nakety, groupe Ballande). Plusieurs personnes, a priori
trois, se sont présentées, encagoulées et armées d’un fusil. D’après les témoignages des victimes, plusieurs coups de feu ont été tirés dans leur direction, atteignant en fait les
dumpers. Les employés ont alors pris la poudre d’escampette pour prévenir le responsable de centre et les gendarmes. À leur retour, les trois dumpers avaient été aspergés d’essence
et incendiés.
« Si on travaillait ce jour-là, c’est que cela nous arrangeait parce que c’était calme sur la mine et qu’on doit achever rapidement ce chantier, poursuit Yvannick
Fere. On en avait d’ailleurs demandé l’autorisation au chef de centre. » Le chef d’entreprise ajoute qu’il a déposé plainte « pour une question de principe,
parce qu’il ne faut pas se tromper de cible. Nous aussi nous apportons notre pierre à la construction de ce pays par notre travail. Alors il ne faudrait pas qu’on se marche sur les
pieds… » conclut-il.
La municipalité a demandé aux coutumiers de faire passer un appel au calme
Du côté de Ballande, propriétaire des dumpers incendiés, c’est l’incompréhension. « Nous n’avons pas eu de signes avant-coureurs de cet
événement, indique Gilles Rouvray, secrétaire général de la société des mines de la Tontouta. Ces hommes travaillaient sur un chantier important qui doit permettre la mise
aux normes ICPE de la mine. Le plus inquiétant, c’est que des coups de feu ont été tirés en direction des ouvriers. » La société a elle aussi déposé plainte pour
« violences volontaires par arme à feu » et pour la destruction des engins de chantier. L’un des trois dumpers semble récupérable, mais la perte sèche des deux
autres risque de se traduire, selon la société, par des pertes d’exploitation. L’entreprise chiffre par ailleurs à 55 millions le coût d’un engin neuf.
La municipalité cherche, quant à elle, à « apaiser le climat et comprendre ce qui s’est passé », indique le maire, Gilbert Tyuiénon. « Nous avons demandé
aux coutumiers de faire passer un message de mesure, explique-t-il. Jeudi, après le conseil municipal, les élus de la majorité se sont rassemblés pour évoquer ce sujet qui
nous préoccupe tous et pour prendre les mesures qui s’imposent. Cette affaire n’est bonne pour personne. »
Les gendarmes, qui se sont fait caillasser au passage de la tribu de Nakéty, lorsqu’ils se sont rendus sur les lieux, ont de leur côté ouvert une enquête. Elle suit son
cours.
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